Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



DELORME Raymond


                        

45446

Raymond Delorme est né le 14 mai 1900 à Fontenay-sous-Bois (Seine / Val-de-Marne). Il est le fils de Marie (1) Arnaud, 26 ans, sans profession et d’Amédée, Emile Delorme, 33 ans, employé de chemin de fer, habitant le 8 rue de Neuilly à Fontenay.
Raymond Delorme est maçon. Il habite d’abord au 25 rue Clémenceau à Sannois (Val d'Oise), puis à Montreuil, au 254, boulevard Théophile-Sueur (adresse inscrite lors de son internement au camp de Voves).
Raymond Delorme est arrêté le 6 juillet 1941 et écroué à la prison de la Santé pour  «distribution de tracts». Le 7 juillet, la 12ème chambre correctionnelle de Paris le condamne à 6 mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939, interdisant le Parti communiste. Il est transféré à Fresnes le 19 juillet.  Au jour  d’expiration de sa peine, sur décision du préfet de la Seine (2) Charles Paul Magny, et après un temps passé au Dépôt de la Préfecture de Paris, il est interné administrativement au «Camp de séjour surveillé» de Voves (Eure-et-Loir) ouvert le 5 janvier 1942. Il y arrive le 16 avril 1942 avec 60 autres prisonniers du Dépôt, dont 36 d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz.
Le 10 mai 1942 (3), Raymond Delorme est transféré avec 80 autres internés de Voves au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne à la demande du MBF  (Militärbefehlshaber in Frankreich), commandement militaire en France jusqu’en juin 1942. Cinquante-six d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

L'entrée du camp / Musée d'Etat Auschwitz-Birkenau
Raymond Delorme est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Raymond Delorme est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45446» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Cette liste porte également mention de son décès à Auschwitz, le 19 décembre 1942. Il ne semble pas qu’il y ait eu des démarches effectuées par sa famille dans les années d’après guerre. Ce qui explique sans doute que la mention «Mort en déportation» n’ait toujours pas été apposée sur son acte de décès.
  • Note 1 : L’état déclaratif du registre d’Etat civil de Fontenay-sous-Bois concernant la naissance de Raymond Delorme ne mentionne pas le prénom de sa mère. Toutefois une mention manuscrite – d’une autre écriture - qui figure dans la marge semble avoir corrigé cet oubli.
  • Note 2 : Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 (décret Daladier) qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste dans le cadre du décret Daladier. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur, le 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 |et le chapitre VII (les chasseurs) de l’ouvrage de Jean Marc Berlière et Franck Liaigre Le sang des communistes, Fayard.
  • Note 3 : Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Raymond Delorme figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite «afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit : « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également «ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises». Les 10 et 20 mai 1942, 109 internés de Voves sont transférés sur réquisition des autorités allemandes au camp allemand (Frontstalag 122) de Compiègne (Oise). 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi dit des 45000 du 6 juillet 1942.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • © Archives en ligne du Val de Marne
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

CHAUMETTE, Cyrille, Charles, Jacques


45360
Cyrille Chaumette est né le 14 janvier 1915 à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Il est ouvrier du textile, filateur dans une filature de Saint-Omer.
Cyrille Chaumette adhère aux Jeunesses communistes au début des années 1930 et devient secrétaire de la section des JC de Saint-Omer en 1934. Il joue un rôle actif dans les grèves des filatures audomaroises de 1936 et est placé à la tête du syndicat réunifié du textile de Saint-Omer, fonction qu’il conserve jusqu’en 1939. (Le Maitron).
Suspecté d’activités clandestines, Cyrille Chaumette est arrêté par la Feldgendarmerie (Feldkommandantur 531  Aube), le 5 février 1941 avec son épouse (1). Il est interné à la prison de Saint-Omer du 5 février au 2 mars 1941. Puis il est transféré au centre Jules Ferry de Troyes (Aube ), une ancienne école de Troyes qui tient lieu de centre d’internement. A la demande des autorités allemandes, le Préfet fait interner Cyrille Chaumette le 4 juillet 1941 dans le quartier allemand de la prison de Troyes. Il est ensuite transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), entre le 10 et le 12 juillet 1941. A Compiègne il reçoit le matricule n° 1175. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cyrille Chaumette est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Mais le  numéro «45360» figure dans son dossier aux ACVG.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous les déportés du convoi sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet, raconte Pierre Monjault : "Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz-I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi".
Cyrille Chaumette est affecté à Auschwitz au Kommando des installateurs, avec Clément Coudert (45402) et Henri Marti (45842) avec lesquels il est très lié ("les trois inséparables"). Ce Kommando a pour tâche de s’occuper des installations du camp, notamment en matière de canalisations. Un jour où les trois amis aménagent une de ces canalisations aboutissant à l’une des grandes chambres à gaz de Birkenau, ils ont l’occasion de pénétrer à l’intérieur du périmètre réservé. Le récit de leur incursion dans ces lieux interdits a été fait par Clément Coudert et Henri Marti à l’Humanité, à leur retour de déportation : Trois "45000" assistent à l'ouverture des portes d'une chambre à gaz.

En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 7 septembre 1944, trente "45 000" sont transférés d'Auschwitz à Gross-Rosen où ils sont enregistrés. Cyrille Chaumette y reçoit le matricule 40986 et Clément Coudert le 40988. Après leur quarantaine, les "45000" sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".


Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué sur Dora-Mittelbau : quinze "45 000" sont transférés de Gross-Rosen à Dora-Mittelbau où ils sont enregistrés : Cyrille Chaumette y reçoit le matricule n° 116 861.
Roger Abada, René Besse, Clément Coudert, Pierre Monjault sont affectés à Nordhausen. René Besse et Pierre Monjault s'en évadent, le 3 avril, Roger Abada, le 5, à la faveur de bombardements alliés sur le camp. Cyrille Chaumette est  transféré de Dora à Rotteleberode.
Selon le témoignage de Gaston Jeannin (Paris 3ème), déporté à Buchenwald, puis à Dora, Cyrille Chaumette aurait été fusillé dans la nuit du 13 au 14 avril 1945 au cours de leur tentative d’évasion à Roslau au cours de leur évacuation vers Hanovre.
Toutefois, selon Klaus Agarz et Georg Schoenberner, antifascistes allemands qui ont effectué des recherche sur les victimes des évacuations dans cette région (informations transmises à Roger Arnould par l’intermédiaire de Roger Maria en 1984), il y avait encore deux détenus en provenance d’Auschwitz vivants lors de l’évacuation de Rotteleberode : Ludwig Lewin et Cyrille Chaumette : «il a fait le chemin à pieds jusqu’à la petite ville de Niedersachhswerfen (près de Norhausen, à 16 km de Rotteleberode). Après de nombreuses recherches dans le listes manuscrites de la S.S. des assassinés sur la route ou dans les wagons avant Niedersachhswerfen, Klaus Agarz est convaincu que Cyrille Chaumette est mort entre Oebisfele et Mieste, dans le train ou à la gare de Mieste même (il y a 80 corps non identifiés dans la fosse commune de Mieste).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 octobre 1987 paru au Journal Officiel du 14 novembre 1987). Cet arrêté porte toutefois un lieu fictif : "décédé le 13 avril 1945 à Auschwitz".
Il a été homologué comme «Déporté politique».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Saint-Omer.
  • Note 1 : Les département  du Nord et du Pas-de-Calais est rattaché au commandement militaire allemand de Bruxelles (Militärbefehlshaber). Pour Le Maitron, Cyrille Chaumette est arrêté en janvier 1941. Pour Jean Marie Fossier (FNDIRP 59), c’est en février. Enceinte, son épouse Jeanne, malgré les deux demandes que son mari et elle effectuent en juillet et septembre 1941, est internée pendant plusieurs mois à Troyes, avant d’être autorisée à habiter en ville et de pouvoir accoucher à Troyes le 22 décembre 1941.Leur fille Ginette décèdera le 8 janvier 1946.
 Sources
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Archives en ligne de l’Aube, Archives du bureau de liaison entre les autorités allemandes et les services de la Préfecture (1940-1944).
  • © Archives en ligne de Saint-Omer.
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

BOUJINSKY Nicolas



45281

Nicolas Boujinsky est né le 4 mai 1890 à Koursk (Russie).  Il est entré en France le 24 septembre 1925. De nationalité russe, il est domicilié au 11 rue René Bazin à Paris (16ème) au moment de son arrestation. 
Il est marié avec Sarah Cusner, née en Roumanie le 16 octobre 1903. Le couple a un enfant.

Nicolas Boujinsky est épicier. Pendant l’Occupation, il est arrêté par la police allemande le 7 février 1942. Il est accusé, à la suite d'une dénonciation, de "marché noir et de détention d'armes", ce dernier motif le rendant passible d'une désignation comme otage. Sur sa fiche de renseignements au BAVCC, il est inscrit au motif de l’arrestation : «avoir tué des Allemands», motif improbable, car il aurait été  jugé par un tribunal allemand. Il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Nicolas Boujinsky est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45281» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lors de cette immatriculation, il se déclare de religion grecque orthodoxe.
Nicolas Boujinsky meurt à Auschwitz le 7 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 123 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Nicolas Boujinsky est homologué comme Déporté politique. La carte est délivrée à Madame Rapaport, habitant à La Rochefoucauld (Charente). La mention «Mort en déportation» a été apposée sur son acte de décès : arrêté du 27 novembre 2009, paru au Journal Officiel du 11 mars 2010. 
Son épouse, Sarah Boujinsky, est arrêtée le 26 juin 1943, internée à Drancy comme Juive roumaine, et déportée à Auschwitz le 18 juillet 1943 (convoi n°57). Elle est inscrite sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah (Paris IVème).

Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche et dossier individuel consulté en 1993 au Val de Fontenay).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

MARTIN Georges



Georges Martin est né le 5 août 1913 à Ivry-sur-Seine (Seine / Val de Marne). Il est le fils de Georgette Collot, 24 ans, sans profession et d’Auguste Martin, 24 ans, maçon, son époux, demeurant au 27 rue des Lilas. 

Georges Martin habite au 16 rue Broussais à Vitry-sur-Seine au moment de son arrestation. 
Son père soldat, au 147ème Régiment d’Infanterie, est tué en 1915, ainsi que cinq de ses oncles, victimes de la Première guerre mondiale.

Il a deux sœurs, Jacqueline et Edmée, dont le mari s’engagera en 1937 dans les Brigades Internationales (De gauche à droite, Edmée et son mari, Georges Martin et son épouse Raymonde Martin
Le 12 novembre 1919 il devient pupille de la Nation. Georges Martin travaille comme maçon à Ivry en 1920. Puis il est margeur dans une imprimerie du Faubourg-Poissonnière à Paris 10ème

Il quitte Ivry pour Vitry. Appelé au service militaire, il est réformé pendant ses classes en 1933 pour des séquelles d’une pleurésie.


Georges Martin est membre du Parti communiste à la cellule Bel Air de Vitry, et diffuseur de la presse communiste avec Le Père Froment (1) dont il est un familier (sur cette photo prise lors d’une fête de l’Humanité à Montreuil, on aperçoit celui-ci assis de dos à droite de la photo (xx) où Georges Martin est debout à gauche. Georges Martin est un vendeur régulier de l'Humanité.

Vendeurs de l’humanité de Vitry, point rouge.
Le 22 août 1936, il se marie à Vitry avec Raymonde, Renée, Clabaut, née en 1915. Elle est  manœuvre à L’Œillet Métallique à Ivry.
Pendant l'Occupation, il s'inscrit à la Défense passive, pour pouvoir diffuser plus aisément le matériel anti-allemand : tracts et journaux. 



Avec sa soeur Germaine à l'hiver 1940
Le 22 avril 1941, il est arrêté, ainsi que les frères Martin (Angel et Raymond) (2), par des gendarmes de Vitry. Georges Martin est écroué à la Santé, puis interné, sur mandat du préfet de Paris en date du 1er octobre 1941, au Centre de séjour surveillé de Rouillé, le 9 octobre.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (3) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Georges Martin (n°124) y figure. C’est avec un groupe d’environ 160 internés (4) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Georges Martin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45000. Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 n'est pas connu. Le numéro "45846 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Georges Martin  meurt à Auschwitz le 25 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 784).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 novembre 1994 paru au Journal Officiel du 11 janvier 1995). Cet arrêté mentionne décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté rectificatif la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Une rue de Vitry porte son nom. Il est honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots. Son nom est aussi inscrit sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis.
  • Note 1 : Paul Froment,  adjoint au maire de Vitry, déchu de son mandat le 29 février 1940 pour appartenance au Parti communiste. Dans un rapport du 25 mai 1941, la police estimait qu’il participait aux activités du parti clandestin, aux distributions de tracts, à la diffusion de matériel de propagande. Arrêté en mars 1941 malgré son âge, il est condamné à 18 mois de prison. Il est interné à Fresnes, Poissy, Compiègne. Déporté à Dachau, il meurt à Bergen Belsen le 19 janvier 1945 : il avait 70 ans.
  • Note 2 : Ils sont tous arrêtés le 27 ou le 28 avril 1941, très vraisemblablement afin d’enrayer d’éventuelles manifestations le 1er mai, à partir des fiches établies en octobre 1940 par le commissariat de Vitry (lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000» de Vitry) : il s’agit majoritairement d’ouvriers communistes ou de militants aux Amis de l’URSS, deux sont conseillers municipaux communistes : Bonnefoix Lucien, Bournigal Georges (XX), Brahim Georges (X), Bretonneau Louis (XX), Brice (XX), Calavia Félix (XX), Crespo José (XX), Darras Louis (XX), Delbos Julien, Tarquis Gabriel (X), Tavert  Antoine (XX), Talout Robert (X), Tortel Maurice (XX), Tremblay Edouard (XX). Voir dans l’article précité la signification des croix (X, XX, XX).
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources  
  • Témoignages et photos d'avant-guerre de José Martin, frère d’Angel Martin.
  • Rencontre avec José Martin (pèlerinage à Auschwitz, 1987).
  • Etat civil d’Ivry.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb, Ivry et Vitry.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42.
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • De l’occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure éditée par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50ème anniversaire de la Libération, Paillard éd. 1994. 
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Archives en ligne d’Ivry.
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

MARTIN Alexis Victor



45847

Alexis Martin est né le 17 septembre 1892 au Havre (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite au 65 bis rue de St Cloud à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation (source dossier individuel BAVCC) (1). Mais lors de son immatriculation à Auschwitz, il donne comme adresse le 8 rue des Platanes au Plessis-Robinson (2). Ce qui suppose un déménagement de sa famille entre juin 1941 et  juillet 1942.
Ancien combattant de la guerre 1914-1918, Alexis Martin a été réformé après blessure. Il est titulaire de la  Médaille militaire et Croix de guerre.
Il travaille comme manœuvre spécialisé, puis contrôleur aux Usines Renault à Boulogne-Billancourt. Il est marié, père d’un enfant. Il est délégué d’atelier, adhérent au syndicat CGT des Techniciens.
Pendant l’Occupation, Alexis Martin est arrêté dans la nuit du 24 au 25 juin 1941 "à la demande du Commissaire de police de Boulogne". Lire dans le blog le rôle des fiches établies par certains commissariats : Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000». Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. Ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des ennemis actifs du Reich.
Alexis Martin est interné ce même jour au camp de Royallieu, qui est devenu le 22 juin 1941 le «Frontstalag 122» destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich». Royallieu est alors le seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. A Compiègne, il reçoit le matricule n° 314. Son épouse fera une demande auprès des services de Brinon (1), auxquels les services de la Préfecture  répondront le 17 juillet 1942 : « A été placé à Compiègne où il se trouve actuellement. Pas d’antécédents judiciaires. Le commissaire de police de Boulogne-Billancourt n’a pas opposé une mesure de clémence à l’égard du dénommé Martin Alexis ».

Alexis Martin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45847», habitant Le Plessis-Robinson, selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Alexis Martin meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 784). Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes sélections et du transfert du camp des femmes). Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.  Son acte de décès est établi en France le 19 avril 1946 et porte cette date de décès.
Alexis Martin est homologué "Déporté politique" le 19 janvier 1946 (N° 11 10566). La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 novembre 1994 paru au Journal Officiel du 5 janvier 1995). Cet arrêté mentionne néanmoins une date erronée : décédé le 5 novembre 1942 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
  • Note 1 : François de Brinon représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés».
  • Note 2 :  Cette adresse figure également sur son dossier individuel au BAVCC. Sur le site internet de la ville du Plessis-Robinson on peut lire : «Le nom d’Alexis Martin qui était sur le monument aux morts a été supprimé par la Municipalité en 1991, dans la mesure où le fondateur de la section du Plessis-Robinson du PCF n’a été combattant ni résistant puisqu’il est mort en 1938». Il est vraisemblable qu’il y ait eu confusion entre Alexis Martin, déporté à Auschwitz dont le nom a légitimement sa place sur le monument aux morts du Plessis-Robinson et Alexis Martin, né le 9 juillet 1878 à Ballan-Miré, maire-adjoint communiste de Malakoff (Seine / Hauts de Seine), depuis 1925, décédé le 12 mars 1938, au cours de son dernier mandat. http://www.plessis-robinson.com/page.html?p=721. On veut espérer que cette erreur sera réparée.
Sources
  • Témoignage de Georges Guinchan.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle décembre 1992, Caen.et dossier individuel consulté au Val de Fontenay, novembre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19, liste N° 3 (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains, Ministère de la Défense, Caen).
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

MASSE Julien, François, Marie



Julien Massé est né le 10 août 1921 au Kremlin-Bicètre (Seine / Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Vaillant, ménagère, décédée en 1968 et de François Massé, terrassier, son époux, décédé en 1948. Le couple a quatre enfants.
Julien Massé habite 17 rue Boieldieu à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), au moment de son arrestation. Il est célibataire. Il travaille comme manœuvre chez Morin, au 128 rue d’Alésia à Paris. Il est membre des Jeunesses communistes. 
Julien Massé est arrêté le 1er mai 1941 à son domicile pour détention et collage de papillonsLors de son arrestation il déclare qu’il "militait aux J.C. avant la dissolution". Son nom est mentionné sur le registre de police établi par le commissariat de Vitry comme : «militant inscrit aux jeunesses communistes, Groupe des Malassis (un quartier de Vitry). Son nom est accompagné des deux croix rouges soulignées (XX) attribuées « aux militants notoires et dangereux s’étant faits remarquer particulièrement ». Lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des 45000 d’Ivry et de Vitry.

Julien Massé est transféré au Dépôt de la préfecture de police de Paris, puis inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 (1), il est incarcéré à la Santé le 3 mai 1941. Le 23 janvier 1942, il est condamné par la Section spéciale auprès du tribunal de la Seine à treize mois de prison et cent francs d’amende. Son avocat sera fusillé comme otage en septembre (2). Julien Massé est transféré à la maison d’arrêt de Fresnes où il est incarcéré jusqu’à l’expiration de sa peine, le 25 février 1942. Mais à cette date, il est maintenu en détention en attente de son internement administratif (3), ordonné le 26 mars 1942.
Le 16 avril, il est transféré au centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) Ce camp (Frontstalag n° 202 en 1940 et 1941) était devenu le 5 janvier 1942 le Centre de séjour surveillé français n° 15.  Julien Massé y reçoit le matricule 83. Le 10 mai 1942, il est remis  aux autorités allemandes à leur demande au sein d’un groupe de 81 internés de Voves (4). Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Julien Massé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45000. Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 n'est pas connu. Le numéro 45857 ? qui figurait dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Julien Massé meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 787).
Il a été déclaré Mort pour la France. La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 novembre 1994 paru au Journal Officiel du 11 janvier 1995). Cet arrêté qui corrige le précédent (6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne néanmoins une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Une rue de Vitry porte son nom, qui est également honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots.
Son nom est honoré sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis.
  • Note 1 : A la suite de la signature du pacte germano-soviétique le 23 août, le président du conseil Daladier signe le 26 août 1939 un décret interdisant de parution du journal L’Humanité. Le 26 septembre 1939, Daladier signe un décret-loi prononçant la dissolution du Parti communiste. Le 18 novembre 1939, un nouveau décret-Loi prévoit l’extension des mesures d’internement prises à l’encontre des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique sur décision du préfet. Classée secret, la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 (décret Daladier) qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste dans le cadre du décret Daladier. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur, le 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 |et le chapitre VII (les chasseurs) de l’ouvrage de Jean Marc Berlière et Franck Liaigre Le sang des communistes, Fayard.
  • Note 2 : Le 20 septembre 1941, trois avocats communistes, Georges Pitard, Michel Rolnikas, Antoine Hajje sont fusillés au Mont-Valérien. Tous trois avaient en charge la défense de militants communistes, de résistants et ils avaient tenté, jusqu’à l’extrême limite, de remplir leur tâche. Trois lettres nous sont restées. Dans celle de Pitard, adressée à sa femme, on peut lire : Moi, je m’en vais fier de mon passé, fier de ma vie. Je n’ai jamais fait que le bien, jamais pensé qu’à soulager la misère… Vois le bâtonnier, je n’ai pas la possibilité de lui écrire ; dis-lui que je crois avoir honoré l’Ordre des avocats… S’adressant au bâtonnier, Antoine Hajje écrit : Nous allons à la mort satisfaits d’avoir, en toutes circonstances, accompli notre devoir, tout notre devoir (…). Nous mourons prématurément, mais c’est pour la France. Nous en sommes fiers. Je dis adieu à une profession que j’ai aimée ; j’aurais été jusqu’à la fin le défenseur de la dignité humaine et de la vérité. Quant à Michel Rolnikas, il écrivit à sa compagne : Dis à mes amis qu’une balle aura percé mon cœur, mais qu’on ne m’aura pas arraché l’idéal qui m’animait.
Sources
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • De l’Occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure éditée par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50ème anniversaire de la Libération, Paillard éd. 1994. 
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Registre de police du commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : (mes remerciements à Céline Heytens).
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.